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Le documentaire, qui vient de sortir aux Etats-Unis, raconte les sévices subis par de jeunes acteurs alors qu'ils tentaient de faire carrière dans le cinéma.

Michael Egan est plutôt mince, les cheveux noirs brossés en arrière et le regard triste. Il a 16 ans et, en ce mois de juin 1998, il débarque à Los Angeles, sur les conseils d'un producteur de cinéma. Le jeune homme rêve d'être le nouveau Tom Cruise et un camarade de classe va lui donner la chance de sa vie. Dans les hauteurs d'Hollywood, se réunissent quelques grands producteurs, enfermés dans une somptueuse villa avec piscine, tel un film de Pasolini. On y trouve Marc Collins-Rector et Chad Shackley.

Le premier est un entrepreneur ambitieux qui sera un des premiers à parier sur la vidéo en ligne. Le second est son associé et son amant. Garth Ancier, producteur de génie, qui a lancé "Les Simpson", "21 Jump Street" ou encore "Mariés, deux enfants" les côtoie régulièrement. Enfin, un jeune réalisateur de talent complète l'équipée. Il s'appelle Bryan Singer. Il a réalisé "Usual Suspects" et va se lancer dans une saga à succès : "X-Men." Officiellement, ils veulent lancer une entreprise dans le numérique. Officieusement, la raison est plus sombre.

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Ce qu'il s'est passé dans cette demeure reste une inconnue. Michael Egan affirme avoir été alcoolisé, drogué et violé par ces hommes pendant deux ans. Des scènes d'orgie imposées au garçon. Eux crient au chantage financier. Près de 20 ans plus tard, l'affaire n'est pas close. Marc Collins-Rector a été inculpé et condamné pour abus sexuel. Garth Ancier a reçu les excuses du parquet pour des accusations qui restent infondées. Quant à Bryan Singer, il nie formellement les accusations mais aurait versé 100 000 dollars en échange d'un retrait de la plainte.

Cette histoire, la réalisatrice Amy Berg la raconte dans son nouveau documentaire choc "An Open Secret." Déjà oscarisée pour le film "Délivrez-nous du mal" qui traite des abus sexuels dans l'Eglise catholique, elle s'est cette fois attaquée au plus gros tabou du cinéma, "le film que Hollywood ne veut pas que vous voyiez, annonce l'affiche." Elle y parle des viols qu'auraient subi de jeunes garçons dans ces grandes villas luxueuses où se réunissent les prestigieux noms de cette industrie.

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Marc Collins-Rector, condamné pour abus sexuels sur mineurs

Présenté à Cannes, le film dérange et donne la parole à cinq "ex-enfants," dont Michael Egan. Mais l'icône du film est moins connu. Evan Henzi, 21 ans, raconte les abus sexuels de son manager entre ses 11 ans et ses 17 ans. "Je me suis senti coupable mais j'ai réalisé que j'essayais simplement de croire que tout le monde était bon et savait mieux que moi" affirme-t-il.

"Maintenant que je suis plus âgé, je sais que c'était dégoûtant. Vous ne pouvez pas avoir de relations sexuelles avec un garçon de 11 ans." En 2011, il publie un enregistrement audio où son violeur avoue les abus. "Ce documentaire pourrait être un bon début pour montrer qu'il y a un problème à Hollywood" raconte la jeune victime au Daily News.

En 2011, Corey Haim décède, probablement en raison d'un usage trop prolongé de drogues dures. Véritable star aux États-Unis lorsqu'il n'était qu'un enfant, cet acteur a aussi partagé de nombreux rôles avec son comparse Corey Feldman, connu pour ses jeunes rôles dans les "Goonies" ou dans "Stand By Me". La mort de son ami est un choc et Feldman révèle que l'addiction aux drogues était une façon pour Haim d'oublier les abus sexuels qu'Hollywood a fait subir aux deux jeunes acteurs.

Leur manager était le même que celui de Evan Henzi. "J'étais étendu là, faisant semblant de dormir, pendant qu'ils faisaient leurs affaires" relatait Corey Feldman au Sun en 2012. "Les gens doivent savoir pourquoi Corey et moi avons été cachés sous le tapis, comme des chiens galeux envoyés à la fourrière, pour que personne n'ait affaire à nous ensuite."

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Corey Feldman dans les Goonies

Récemment, c'est Todd Bridges, alias "Willy" du sitcom à succès "Arnold et Willy" qui a lancé de nouvelles révélations. Il raconte le viol qu'il a subi à 11 ans et ses supplications pour ne pas participer à l'épisode spécial contre la pédophilie, "pour éviter de subir cela de nouveau." Difficile aussi d'oublier le cas Roman Polanski, toujours sous le coup d'une demande d'extradition américaine.

Et les cas sont nombreux, surtout chez des jeunes hommes retombés dans l'anonymat, comme Joey Coleman qui obtient les aveux de son bourreau, l'agent d'enfants stars Michael Harrah, lors d'une séquence du documentaire. "Ce qui est le plus important avec ce film, selon moi, c'est que des personnes ayant été victimes d'abus puissent parler pour toutes ces autres qui ne peuvent pas le faire" affirme ainsi le producteur du film Gabe Hoffman. Selon lui, "un documentaire, ça peut changer le monde." Celui d'Hollywood sera une machine bien lourde à faire vaciller.