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Savez-vous défendre votre foi avec sagesse?
19.10.15 - L’apologétique n’est pas une affaire de spécialistes. Pour
Yannick Imbert, tous les chrétiens ont la possibilité de défendre et d’expliquer leur foi. Il explique comment s’y prendre.
 

«Défendre la foi par des mots et des arguments, ce n’est pas trop mon truc. Je préfère être un témoin par mon comportement»: voilà une pensée relativement à la mode dans le monde évangélique. Auteur de Croire, expliquer, vivre (éd. Excelsis), Yannick Imbert ne critique pas, mais nuance cette vision des choses: «La parole et les actes sont tous deux nécessaires. Certes, nos actes démontrent ce que nous croyons, mais n’ayons pas l’illusion de croire qu’ils s’interprètent d’eux-mêmes. Celui qui me voit faire le bien n’en déduira pas forcément qu’il provient de ce que je crois. Il est parfois utile de verbaliser la foi». C’est fort de cette conviction que le professeur de la Faculté Jean Calvin a publié son introduction à l’apologétique. Un mot barbare qui fait tout simplement référence à l’art de défendre la foi.

Une méthode adéquate
L’ouvrage, destiné en priorité aux étudiants et à ceux qui s’intéressent déjà à l’apologétique, se veut en même temps accessible à tous les croyants.

 

Car Yannick Imbert est convaincu que «la présentation et la défense de la foi ne sont pas une affaire de spécialistes». Il incombe à chacun de «trouver une méthode apologétique permettant d’ouvrir les yeux de nos contemporains sur les raisons de leur rejet de la foi chrétienne, afin qu’ils puissent ensuite avoir un aperçu de la transformation radicale et complète qu’opère la foi». Le professeur est bien conscient que certains sont naturellement plus doués que d’autres à la communication et à l’argumentation, mais cet art apologétique peut s’acquérir progressivement avec un soupçon de discipline.

Saisir la vision du monde de notre interlocuteur

Concrètement, comment nous y prendre pour défendre notre foi, face par exemple à un scientifique rationaliste, un artiste, un philosophe, un athée ou un musulman? Yannick Imbert ne donne pas de recette toute faite, mais avance plusieurs principes généraux.
L’apologétique commence par une prise de conscience: nous avons tous des présupposés et des grilles de lecture du monde qui nous amènent à interpréter la réalité d’une certaine manière. Le contenu de notre cœur influence nos pensées, nos actions, nos décisions et les réponses que nous donnons aux grandes questions existentielles. Cette vision du monde nous donne ainsi un avis sur tout: la politique, le cinéma, la religion, l’art, la science, l’environnement, etc. Tout est lié.
L’apologète a donc pour mission de comprendre la vision du monde de son interlocuteur et de «frayer un chemin pour qu’il distingue, finalement, la croix». Pour y parvenir, il faut évidemment s’intéresser aux grandes structures du monde, avoir «la Bible dans une main, les médias dans l’autre», comme le rappelle Yannick Imbert. Puis, dans la discussion, comprendre comment notre interlocuteur interprète lui-même cette vision du monde. Notamment en posant des questions pertinentes. «Avec un musulman, par exemple, il faut à la fois se renseigner sur l’islam et sur la façon dont il comprend lui-même le Coran. Nous avons en face de nous une personne, pas une vision du monde», avertit Yannick Imbert.

Savez-vous défendre votre foi avec sagesse?
Trouver le «point de tension»
Etape suivante: montrer l’incohérence de la vision du monde de notre interlocuteur. En réalité, le cheminement est subtil et ne ressemble en aucun cas à des affirmations lancées à l’emporte-pièce sans jugeote. N’affirmez pas d’emblée: «De toute façon, l’islam est une religion violente alors que le Dieu de la Bible est amour». Sinon, la rupture sera consommée avant même que vous ayez commencé d’argumenter. Il s’agit plutôt de trouver le point de tension. «C’est le moment où une vision du monde devient intenable, impossible, voire absurde. Le moment crucial où une personne non chrétienne voit son monde s’effondrer, parce qu’elle constate le décalage entre la réalité et sa vision du monde», explicite Yannick Imbert. Il reconnaît qu’il faut parfois des années pour faire s’effondrer une vision du monde. «C’est l’Esprit qui permet à une personne d’accepter cette conclusion. On a là le mystère de l’action de Dieu à travers nous.»

Proposer une alternative!
Si l’apologète en restait là, il «plongerait nos contemporains dans un désespoir sans fond». Une fois que le toit de la vision du monde non biblique a été ôté, il s’agit de «remettre un toit, de reconstruire une espérance qui protégera contre les intempéries de notre vie», souligne Yannick Imbert. C’est à ce moment-là que le chrétien peut présenter sa propre vision du monde. «C’est pourquoi celui qui veut expliquer et défendre la foi chrétienne doit être un étudiant de la Bible et de la théologie». Etre aussi empli de sagesse pour toucher la corde sensible.
Car «l’apologétique est une théologie de réponse. Avec notre voisin altermondialiste, commençons par exemple par sa recherche de justice. Nous essaierons alors de montrer que sans Dieu, aucune justice ne pourra avoir de sens», illustre Yannick Imbert. Le but, finalement, est que notre interlocuteur chemine avec nous pour arriver naturellement à la conclusion qu’il est impossible que Dieu n’existe pas. Il n’est pas ici question de tourner les opinions de l’autre en ridicule, mais de lui faire lever les yeux vers Jésus-Christ, qui est au cœur de notre discours. «L’apologétique doit être nourrie de la connaissance que nous avons du Christ: c’est cela qui soutiendra et nourrira l’espérance que nous proclamerons». Autrement dit, l’apologète n’est pas un théoricien austère et accusateur: c’est un homme passionné par le message qu’il porte. En conséquence, «il est essentiel qu’il ait une vie de foi et une piété personnelle, qu’il soit transformé de l’intérieur».
Yannick Imbert espère bien que son ouvrage contribuera à intéresser les chrétiens à cet art de la défense de la foi. Il reste en tout cas passionné par cette mission. Pas seulement parce qu’elle peut changer des vies, mais aussi parce qu’elle le transforme lui: «A force de m’intéresser aux visions du monde qui m’entourent, je prends conscience de mes propres incohérences.»

Jérémie Cavin
 
christianismeaujourdhui.info
Tag(s) : #DISCUSSIONS BIBLIQUES